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Acteurs mode d'emploi : 4 points importants pour réussir votre premier film

Dernière mise à jour : 10 mars




Le moment tant attendu de réaliser votre premier court-métrage arrive. Que vous soyez débutant ou virtuose de la technique, se retrouver face à un acteur ne s’improvise pas, Voici quelques infos pratiques à retenir avant votre tournage.



PARLER LE MEME LANGAGE


Pour un réalisateur novice, l'aventure d'un premier film est souvent une course d'obstacles. Le plus difficile n'arrive pas toujours là où on le pense. Partir à la recherche de fonds, réunir urne équipe technique, acquérir une crédibilité en tant que capitaine du navire, cela demande déjà un bel investissement. Mais quand vient le moment de passer à la pratique, à savoir : organiser un casting et choisir ses acteurs, il serait faux de penser que le plus dur est fait;

Bien souvent, c'est là que les problèmes commencent.


Je n’aime pas l’expression « direction d’acteurs », préférant l’idée d'une collaboration où l’on cherche ensemble, où l'on échange, où l'on se surprend. Les propositions de vos comédiens peuvent apporter beaucoup au film, ils sont sensés connaitre les personnages mieux que vous.


Alors, vous voici face à vos acteurs pour une première répétition. Sans trop savoir comment vous y prendre, vous avez toutes les chances de donner des explications trop vagues, des généralités sur le scénario qui n'aideront personne. Ou, à l'inverse, de partir dans un flots de détails, d'entrainer vos interprètes dans un labyrinthe psychologique où ils risquent de se perdre. Dans un cas comme dans l'autre, ce sera compliqué.


Avant tout, un acteur a besoin de capter votre vision du personnage, de s'appuyer sur un enjeu clair et d'avoir des indications concrètes. Il faudra l’expérience de plusieurs tournages pour vous perfectionner dans cette communication particulière.


Durant sa formation, un acteur aura appris à construire un personnage Bien souvent, il sera passé par la Méthode Stanislavski : tout un processus psychique et physique d'où il puisera une vérité, De ce background théorique, le réalisateur doit connaitre quelques notions. Cela veut dire, savoir ce qui se passe dans la tête de votre interprète avant de lui donner des directives. Il est donc conseillé de se plonger dans les principaux ouvrages sur la technique de l'acteur. En plus de Stanislavski, on peut citer Michel Chekhov ou Ivanna Chubbuck. Vous trouverez dans ce blog une sélection de livres qui seront fort utiles.


C'est à partir du moment où vous parlerez le même langage que la collaboration pourra réellement commencer.


Tout d'abord, prenez le temps de retracer le parcours du personnage. Décrivez le comme une personne réelle et retracez son itinéraire :

- Comment en est-il arrivé à vivre cette histoire ? Quel est son objectif ?

- Origines sociales (milieu aisé, middle class ou dans la précarité).

- Problème particulier rencontré dans sa jeunesse : un deuil, un divorce, un drame ou, au contraire, une jeunesse heureuse auront une incidence sur son comportement dans certaines séquences du scénario.

- Situation scolaire et professionnelle.

- Vie affective.

- Traits de caractère dominants (les bons, comme les mauvais).

- De quelle façon a-t-il rencontré les autres personnages - alliés ou adversaires ?

- Comment en est-il arrivé là au moment où l'histoire commence ?

Cette étape préliminaire aidera toujours un acteur à se faire sa cuisine personnelle. Il pourra y mettre de lui-même, de son propre vécu; En procédant de cette façon, il y a toutes les chances qu’il arrive en répétition avec des propositions solides.


Trop souvent, un réalisateur débutant fera confiance à son interprète, persuadé qu'il sait faire, " que c'est lui l'acteur". Cela revient à le laisser seul et à s'autodiriger, ce qui peut être frustrant même s'il est expérimenté. Tout bon film repose sur le regard du metteur en scène et il y a trente six façons de régler une scène. Sans indication rigoureuses, on peut obtenir un résultat qui desservira le film : surjeu, dialogues trop articulés (dès qu'on entend trop le texte, c'est fini, on décroche), mauvais timing de la scène, absence de silences, de regards et j'en passe.


A plusieurs reprises, il m'est arrivé de voir des court-métrages où le réalisateur s'était donné un mal fou pour obtenir une équipe et des moyens. Malheureusement, au final, le résultat était gâché par une direction d'acteur hasardeuse.


Mais, il n'y a pas de de fatalité : en se préparant en amont, bien des problèmes peuvent être évités.



REPETITIONS FILMEES AVANT LE TOURNAGE


Il est indispensable de répéter les scènes importantes plusieurs semaines avant le tournage. Peu importe que ce soit avec un simple smartphone ou une petite caméra. La vérité d'une séquence, on la trouve en répétition. C'est là où vous pouvez tester tout ce qui vous parait important. Mieux vaut le faire dans le cadre de séances d'essai que face à une équipe de tournage où vous aurez une pression sur les épaules. Moments de solitude garantis, si vos idées ne fonctionnent pas.


En répétition, vous serez immédiatement confronté à des problèmes de scénario. C’est donc le moment idéal pour rectifier le tir. Si nécessaire, n’hésitez à réduire des dialogues, trouvez un autre rythme en privilégiant des répliques plus courtes ou en suppriment un mot de trop. Rien de pire que de longues tirades explicatives. Ecrire pour le cinéma n'a rien à voir avec le théâtre ou la littérature : privilégiez la concision, les mots du quotidien. Travaillez l'ironie et ne dites que l'essentiel ; des informations qui font avancer l'intrigue. Soyez intransigeant, car chaque mot compte. Savoir couper est une qualité pour un auteur, vous gagnerez en rythme et en efficacité.


Réussir une séquence, ça n’est pas la filmer à la lettre telle qu'elle est écrite, il y a le danger de la rendre trop mécanique ou figée. Possibilité de tout revoir en improvisation. Partez de votre texte, demandez à vos acteurs de le dire à leur façon, comme dans la vie, et filmez, filmez, laissez leur du temps, ne dites même pas quand vous coupez ! Faites-en le documentaire votre scénario, soyez rock and roll, laissez entrer la vie. Dans le feu de l’action, des comédien inventifs vous apporteront beaucoup ; des dialogues justes, une spontanéité qu’un scénariste n’aura pas forcément derrière son clavier. Ensuite, visionnez à tête reposée. Vous pourrez réutiliser les meilleurs moments, faire un mix entre les dialogues improvisés et vos propres répliques. C’est vraiment à cette étape que le film se crée, en boostant le scénario. Vous aurez entre les mains une version de votre texte optimisée, prête à tourner.

Ensuite, on règle les trajets et les placements de chacun pour le cadre. Mais le plus important est d’amener de l'inattendu. C’est la raison pour laquelle, je commence toujours une répétition en demandant aux acteurs de me montrer de quelle façon ils voient la scène, leur laissant une liberté totale. Il faut savoir ce que l'on veut, mais amener aussi de l'imprévu en donnant de l'espace aux comédiens. Très vite, je repère ce qui fonctionne ou non. A partir de là, je garde les bonnes propositions tout en suivant ma ligne directrice.


Par principe, ne figez pas la séquence avant de la tourner, le but n'étant pas de respecter la logique du scénario, car il peut être votre pire ennemi. Si vous voulez de la spontanéité, parlez à chacun de vos acteurs à part, donnez leur des indication secrètes. Rien de plus excitant de dynamiter ce qui était réglé sur le papier ; soyez sûr qu'il se passera quelque chose de vrai. C'est votre objectif en tant que réalisateur : obtenir des images qui surprennent, que l'émotion ne soit jamais jouée. A partir de là, votre scène est prête pour le tournage.


Attention, il est important aussi de tester vos idées de mise en scène avant de tourner. Si possible dans le vrai décor - particulièrement pour les extérieurs. Je me rappelle d'un court-métrage où j'avais prévu un travelling pour une scène dialoguée, le long d'une plage. J'étais sûr que ça allait marcher. Fort heureusement, j'ai répété cette scène à deux jours de la tourner. Rien ne marchait comme je l''imaginais. Dans l'urgence, j'ai coupé des dialogues, et l'ai testée en plans fixes, face à la mer. Là tout fonctionnait enfin. J'ai pu la tourner sans stress, en sachant exactement ce que je voulais obtenir.



QUEL REALISATEUR ETES-VOUS ?


Il n’y a pas qu’une seule façon de diriger, on peut distinguer trois techniques bien distinctes :


La méthode directive


Vous avez besoin du contrôle total sur votre film. À l’aide d’un storyboard, vous donnez les indications d’entrée et de sortie de cadre. Les placements sont réglés au millimètre. Vous décidez de chaque intonation, et du moindre battement de cil. Dans ce cinéma, l’imprévu n’existe pas, vous ferez un nombre incalculable de prises pour atteindre votre idée de la perfection.


Le regard vissé au combo, vous ne laisserez pas de place aux propositions Vous considèrerez l’acteur comme, un instrumentiste qui est là interpréter sa partition et chercherez à obtenir exactement ce que vous avez conçu dans votre découpage. Hors de question de changer une virgule, le texte doit être respecté religieusement ; ici l’improvisation n’a pas sa place. Parmi les réalisateurs maniaques du contrôle on peut citer Bertrand Blier, par exemple.

La méthode soustractive


Vous faites répéter vos acteurs avec neutralité, comme s’ils récitaient les Pages Jaunes. L’intériorité compte avant tout, vous gommez ce qui serait artificiel à l’image ; pas de gestes parasites. Dans ce cinéma, les acteurs en font le moins possible. N’hésitez jamais à couper dans un dialogue, le remplaçant par un silence, un plan de regard ou une émotion visuelle. Vous connaissez le pouvoir de la caméra, savez filmer les paysages, les villes, vous jouez avec les flous et les ambiances sophistiquées. Vous étirez la longueur des plans au risque de dérouter le spectateur, mais c’est quand rien ne se passe que tout se dit. Les moments de crises sont d’autant plus spectaculaires qu’inattendus Vous avez pour modèle un cinéma radical et inventif. On pense ici à la beauté envoutante des films de Wong Kar Waï.

Le choix de la liberté


Au départ, vous donnez peu d’indications et laissez vos acteurs amener leur propre vision de la scène. La caméra doit s’adapter à eux, et non le contraire. Le plus souvent, elle est portée à l’épaule, passe d’un personnage à l’autre, zoome, en perpétuelle recherche de l’accident miraculeux. Votre seul désir est de capter l’instant. Un acteur qui se trompe de réplique ou bafouille ne vous posera pas de problème. À la façon d’un documentariste, vous filmez le réel tel qu’il apparait sous vos yeux. Votre scénario peut se limiter à une simple trame. Vous ne le communiquerez pas à vos comédiens : ils auront des informations sur le tournage ou des bribes de dialogues soufflées à l’oreille. Vous maitrisez l’improvisation pour en tirer le meilleur. Ce qui vous intéresse, c'est la vie et rien d’autre. On pense alors à un cinéaste comme Abdelatif Kechiche et bien d’autres de la même veine.

Chaque méthode a ses avantages et ses limites, c’est toujours le film qui imposera votre façon de diriger.

LES MOTS UTILES


C’est le moment de travailler une scène ; N’employez pas des mots qui ne servent à rien, du style : « Fais-le au feeling », « Sois naturel », ou encore « Amuse-toi ». Un acteur a besoin qu’on dise clairement ce que l’on attend de lui. Par conséquent, vous devez indiquer des actions précises : "Pose le verre à cet endroit, sors de la pièce plus vite, laisse exploser ta colère sur cette réplique, puis pars en claquant la porte", etc.


Soyez extrêmement concret dans le choix de vos indications. Au lieu de dire dans une situation de rupture : « Tu vas mal. », suggérez plutôt : « Tu viens d’être abandonné par la seule femme qui comptait dans ta vie. » C'est en communiquant un sentiment universel que vous serez immédiatement compris.


Évitez aussi de noyer un acteur sous un flot d’informations. Il risque de s’y perdre, son énergie baissera et vous n’obtiendrez pas la prise que vous souhaitez. Privilégiez les indications concernant le rythme et les actions. Si vous refaites dix fois le même plan, trouvez une indication spécifique à chaque fois, quelque chose de simple mais suffisamment percutant pour obtenir une vraie différence avec le plan d’avant.

L'objectif de votre premier tournage sera d’obtenir la justesse de vos acteurs à chaque prise. Ensuite, avec de la pratique, de film en film, vous trouverez votre propre méthode de travail.



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